Saturday, March 20, 2010

COSMO POLIGHT

Un jour, j’allais éteindre la radio et puis ils se sont mis à parler d’Ulysse. J’ai stoppé net la pression de mon doigt sur le bouton. J’ai failli le manquer. Le bonheur c’est un peu ça aussi. Quand on rattrape de justesse ce qui est sur le point de tomber. Alors on part vivre des aventures. Alors on a peur à l’approche du cyclope. Et quand on retourne à Itaque, on n’est plus le même. On a changé. C’est une nouvelle ère qui commence.

Je suis seule ce soir. J’ouvre le livre de Depardon. C’est Paris. 533 Paris. Du début à la fin. De 1977 à 2004. La première fois que j’ai regardé les photos, j’ai pas vraiment prêté attention aux photos elles-mêmes. Je regardais en détail les personnes qui étaient prises dans le champ, persuadée que je trouverais une connaissance dans les quelques centaines de clichés. Et là?! Ce serait pas machin par hasard? Ah non, c’est pas elle/lui.

De l’eau a coulé sous les ponts. Sous les ponts de Paris aussi. O voyages. Merveilleux voyages. Journaux. O satanés journaux. Je me questionne parfois sur les professions associées aux voyages.

Vous voulez être photographe? On vous demandera de traquer les femmes en burqua, en tchador. Mais pas ici. Ailleurs. Non pas ailleurs. AILLEURS. Et des enfants, des enfants par milliers. Des enfants pauvres cela va de soi. “Ils sont pauvres, ils ont le ventre creux mais qu’est-ce qu’ils sont beaux!” ET des paysages. Des paysages lunaires que vous aurez pris soin de traverser en 4 x 4. Tout cela compilé dans des livres élégants offerts au feuilletage dans les rayons, sur les étalages des librairies. Si tous les enfants du monde voulaient bien...

Vous voulez être écrivains? Femmes, on vous demandera d’écrire sur des bébés morts. De vous transformer en truie. En pute, en égérie. D’écrire des petits livres sous la forme de romans. Des trucs que l’on lit facilement, dans le métro où à l’arrêt de bus, qui vous font trébucher sur la marche ou louper la station. Hommes, on vous dira d’écrire des lignes ésotériques, d’évoquer la mort, de jouer avec elle, de montrer qu’on peut y aller et revenir. On vous demandera de discourir sur le prix minimum.

Photographe, écrivains. C’est comme n’importe quel boulot. Faut-il répondre aux commandes? On le fait. On voudrait pourtant être libre.

De Paris à Itaque, en passant par votre île, on vous demandera de faire dans la dentelle. On vous demandera de séduire le Blanc, de lui offrir des horizons, de le divertir, de lui faire croire à sa bonne conscience, de lui dire qu’elle est utile, qu’il se sente instruit, intellectuel, pensant, agile dans son analyse.

On vous demandera. Et vous ferez.

Je hais les voyages et les explorateurs

Claude Lévi-Strauss

Saturday, January 30, 2010

L'ECRITURE SOUS INFLUENCE

Texte sur le mode Rolin (voir Suite à l’hôtel Crystal).


Chambre bleue, Carbonne, département de la Haute-Garonne.

La chambre est vaste. Le papier peint à motif de fougères blanches sur fond bleu clair recouvre l’ensemble des murs et remplit un cadre dans l’intérieur de la porte. Elle donne sur un petit couloir dans lequel s’ouvrent trois autres chambres caractérisées par des couleurs distinctes. Le long du mur qui fait face au lit que j’occupe, s’achemine un lit une place et une commode à six tiroirs séparés pas le conduit de la haute aspirante. Sur la commode, un éléphant en porcelaine grenat est posé, trônant seul sur un napperon rectangulaire délimité par des petites boules de coton. Dans le coin, près de la porte, tremblent les armatures d’une penderie où sont suspendus des cintres nus. Mon lit deux places est séparé d’un autre lit deux places au matelas exagérément mou par une table de chevet en bois couleur miel de romarin. Un cahier d’écriture pour enfants en papier recyclé orné d’un Babar traîne sur l’étagère inférieure de la table de nuit. Sur l’étagère supérieure se tient une petite lampe rose dont le socle en porcelaine dessine le drapé d’un tissu. Sur le lit exagérément mou j’ai jeté mon téléphone relié à la prise par son chargeur. F m’a envoyé un message dans la soirée; il était avec L buvant une bière pour leur première rencontre. Deux fauteuils rouges aux motifs floraux psychédéliques s’effilochent tournant le dos à la petite fenêtre habillée de deux pans de rideaux réalisés au crochet. La fenêtre n’est pas très haute. Elle est coupée par le toit qui descend en pente douce sur le mur de la maison. A l’angle formé par le toit et le mur des hirondelles font leurs nids au printemps. Sur le trottoir, tombe une cascade de fientes.

Chose étrange, la maison appartient à des communistes, un chapelet est suspendu à l’une des extrémités de la tige en bois qui retient le rideau de la fenêtre. Au loin, on entend le carillon sonner une heure tardive de la nuit. Le sol est recouvert d’une moquette à bouclette bleu en synthétique. Au plafond, un lustre en verre dépoli imitant une grosse cloche est suspendu au centre de la seconde poutre. La place occupée communément par l’ampoule est vide. L’éclairage de la pièce est assuré par un spot émergeant d’une poutre et par deux appliques imitation CRISTAL suspendues au dessus de chacun des lits deux-places: le mien et celui au matelas exagérément mou.

Sunday, January 17, 2010

La mort en direct

Je devrais pas dire cela. Mais pourtant ça en a tout l’air. L’intitulé du blog s’appelle “Histoire d’une nouvelle aventure cancérologique”

C’est vrai que je suis obsédée par le sujet dernièrement à cause de la mort récente de Jean-Marc. Mais je ne pensais pas, au fil de mes errances sur la toile, me retrouver nez-à-nez avec le récit au jour le jour d’une maladie écrit par son propre porteur. Il s’agit d’une journaliste de Libé. Elle tenait il n’y pas si longtemps un site sur lequel n’importe quel internaute est libre d’envoyer des photos (http://photos.blogs.liberation.fr/) dans le but de les publier. Un pèle-mêle d’images choisies avec soin. On avait eu un court échange de mails suite à mes tentatives. Et puis un beau jour j’apprends qu’elle cède le fauteuil à un collègue car sa maladie ne lui permet plus d’assurer la logistique du site. La maladie? Quelle maladie?
C’est là que je découvre le blog sus-cité pour lequel on peut obtenir le lien directement à partir du site oueb du quotidien sus-cité lui aussi. Son cancer elle l’appelle “le Krabe”. La métaphore est de mise quand on choisit de parler de maladie. Y’a qu’à voir dans la littérature: Boris Vian et sa fleur pulmonaire...

La roulette de la souris glisse sous mon index et j’apprends, je découvre. De l’opération à la chimio. De la tumeur aux métastases. De la radiothérapie aux doses de cheval d’anti-douleur administrées par différentes voies. Comme dans une histoire, il y a des personnages: le krabologue, la psy, le radiologue, l’infirmière de l’hôpital, l’aide soignante, l’infirmière libérale, l’anesthésiste, le généraliste, bref un beau casting. C’est pas du gâteau à lire mais l’atypisme de l’auteure me laisse bouche-bée.


Dans les années 80, un tremblement de terre en Colombie avait enseveli la population. Une chaîne de télévision avait filmé en direct le dégagement d’une petite fille prise sous les décombres. Cela avait été impossible et elle était morte d’épuisement. La caméra avait filmé jusqu’au bout et retransmis l’intégralité du tournage que nous aurions le loisir de regarder, bien attablés devant nos assiettes (dans mon foyer d’enfance, il était coutume de manger en regardant la télévision) depuis notre continent.
Je fais un parallèle et c’est comme si je lançais un blâme à la rédactrice du blog. Cependant il n’en ai rien. Le débat est lancé et il semble qu’il se posera souvent. En attendant, comptons les morts du cancer pour nous endormir...


Raconter, c’est le seul foutu moyen de commencer à changer les choses
Roberto Saviano

Sunday, January 03, 2010

Ha llegado el 2010


Bonne année, Feliz anyo nuevo, happy new year!


Wednesday, December 09, 2009

LA RESOLUTION DES CHIASMAS

Il s’agit d’un terme glané au fil d’une lecture. Une lecture attentive. Il n’évoque rien maintenant. Et demain il n’apparaîtra pas plus compréhensible. C’est pour cela que tu l’as choisi, pour cette possibilité qu’il offrait d’improviser sur une résonance de mots dont tu es tombée sous le charme.

Parce que nous écrivons droit. Parce qu’ils essayent de mettre les lettres les unes au dessus des autres, les unes au dessous des autres afin qu’elle tiennent dans un même cercle. Un petit cercle. De grandes lettres.
Les talons des hôtesses vont et viennent dans le corridor de ce vol qui te ramène de Paris. Tu regardes les escarpins et c’est là que tu décides que ce sera le titre du prochain post. Parce qu’il s’associe bien avec cet événement qui a marqué les trois derniers jours et vient clore une époque, un cycle de 12 ans. Celui-là, il comptait 12 années. Cela aurait pu être plus. Cela aurait pu être moins. Ce qui est sûr c’est qu’il débouchera sur un nouveau cycle. C’était les 12 ans d’Oblik. Il fallait de nouveau réunir, exposer les toiles, habiller les murs, envoyer des flyers.

La signature de leur occupants c’est le décalé involontaire. Sans que la moindre motivation vienne alimenter ce déphasage dans la façon de vivre. Vivre sa vie à travers l’art. Rien de plus difficile. Rien qu’un défis à relever. Rien que ça: vivre ce que l’on est.

Vers le milieu du vol, tu te lèves et parcours de long en large la cabine pour libérer tes jambes de la fatigue. Le staff pique-nique au fond de l’aircraft. Tu leur souhaites bon apétit puis retourne à ta place.

Ton attachement à ce lieu n’est pas émotionel, il est engagé. Car bien souvent l’intellect domine sur le primitif. Tu ne l’aimes pas pour ce qu’il est mais pour ce qu’il représente. Une brèche qui laisse filtrer une certaine lumière. Une résistance contre les assemblages simples, le catalogue des objectifs généraux à atteindre. Et s’il n’y avait plus d’étapes?

Un sol rouge par endroit crevassé. Une table de bar comme un trésor rapporté d’un lointain voyage, un effectif réduit comparé aux autres années. Mais le noyau dur, le centre de l’atome éclaté au quatre coin de l’espace. Une découverte. Celui-là a connu Cortazar en chair et en os. Une découverte qui fait dresser les poils sur les bras. Il y a aussi les signes d’un continent qui revient de loin. Il y a aussi des machines, des laptops en cavale, des images qui dansent sur des draps tendus, des sons qui transitent par convois depuis Shanghai via le net. Et puis il y a toutes ces rencontres surréalistes qui surgissent seulement au cœur de la nuit. Des personnes croisées sur un trottoir dans les rues désertes. Balade nocturne. Voyage au bout de l’épicerie où un chien hurle derrière le mur.

Les chiasmas sont ces appariements étroits qui rapprochent les chromosomes et les obligent à échanger leur information en phase de méiose. Quand elle s’achève l’échange est résolu. Il en demeure un sentiment abstrait. Et aussi un doute. Tout ceci a-t-il finalement eut lieu?

Thursday, November 05, 2009

j'avais un ami. Mais il est parti


Je n’aurais jamais pensé que cet espace servirait à cela un jour. Mais aujourd’hui que se présente l’occasion, presque sans réfléchir, j’y vais. J’y vais d’une annonce personnelle car après tout, ce blog est un forum pour célébrer l’amitié qui se fait, se défait et se refait au rythme des vagues. Les vagues écrivaient Virginia Woolf. Et puis sa vocation première c’est de raconter la vie «qui taille elle même au vif de la vie». L’une dans l’autre, j’en viens à dire que j’ai perdu mon pote Jean-Marc. Je l’ai su aujourd’hui. J’ai su qu’il était entré fin juillet dans un service de cancérologie et qu’il en est ressorti directement direction le paradis la semaine dernière. Cancer du poumon. Cancer généralisé. 42 ans.

Ce serait infiniment long de revenir sur l’origine de cette rencontre. Et puis d’ailleurs, elle ne me revient pas cette rencontre, elle revient à Marie, la téméraire Marie qui un soir d’avril 1994... ah, mais chuuuuuuuuut, rien ne pourrait être raconté ici bas.

Toujours est-il que si vous faîte les comptes, ce sont des amitiés qui durent. Qui duraient.

C’est beau de vieillir car l’on peut alors contempler l’étendu de ces amitiés. C’est vertigineux. Ca vous donne le fou-rire.

Le contre-point que je réalise ces dernières heures à cause de cette nouvelle foudroyante, c’est que j’entre dans un âge où leur menace (la menace des nouvelles foudroyantes) apparaît inévitable. Rare mais inévitable. C’est un fait mais l’on calmera la tremblote comme on pourra pour ne pas montrer que l’on a peur, pour avoir l’air normal aux yeux du commun des mortels. Un peu de contenance s’il vous plaît.

Je perds un ami de longue date. C’est la première fois. Je voulais le dire. Pas pour étaler ce que je ressens (une chose indescriptible), mais parce que je voudrais que la mémoire existe quelque part. Dans un lieu autre que ma boîte crânienne (j’ai fait la saison dans cette boîte ….) qui est au passage un puits sans fond en matière de souvenirs. Matérialiser ce que l’on sait, il n’y a guère d’autres moyens que l’écriture.

Je pense aussi à ce vide qui nous entoure communautés d’êtres humains, à ces espaces, ces néants qui auréolent nos champs d’action.


Il est une heure, je ne dors pas. Il y a de l’orage et une dépanneuse arrêtée sur la voie rapide. Dans le nuit, le gyrophare orange clignote.

Sunday, October 18, 2009

CARTA AL MANU

Un mail reciente y el blog te vuelve a llamar. Un blog que abandonas de vez en cuando pero tranquila que siempre llega un evento que actua como alguien que golpea la puerta. Toc, toc, toc. Cuando oyes este ruidito, en lugar de dirigir tus pasos hacia el corridor te paras delante la mesa y apretas el botón del ordenador.

De donde te escribe, te dice de tú, es verdad. Porque tú, tú y tú, es mejor que vosotros en el sentido que demuestra que tu hablador se ha fijado en cada detalle de tu vida. Esto es un hecho por el cual quitas la tapa del stabilo y lo pintas todo de amarillo fluorescente. En facebook, la gente cree tener muchos amigos pero si para dormirnos tuvieramos que contar los verdaderos, pasariamos noche en vela.

Te escribe mail que mueve las fronteras. Como la que pensenba que existía entre los verdaderos y los hermanos. Despues de leer miras en el mapa y te das cuenta que esa frontera queda ahora desaparecida. Tiras el humo de tu cigarillo. Te sientes feliz y aún mas pensando que nadie se va a enterar de esto. Ha occurido. No fue una portada en el periodico. Sin embargo nos impactó como si el muro hubiera caido por secunda vez.

Y se quieren ver para el fin de año. Y quieren hacer un viaje a Méjico. Méjico… La verdad es que si solo por ti fuera, pasarías tu vida viajando. Esto no es un secreto para nadie. Porque viajar es llenar este pozo sin fondo. Un viaje que siempre vuelves a emprender, siempre con el mismo ánimo y siempre para llegar a la conclusion que lo que buscas no está allá ni allí y probablemente no exista en ningun lugar del mundo. Y de repente las proposiciones vuelan.


Te dices tú a ti misma tambien así tomas el papel que el hablador quiso darte. Le estas fiel como un gangster a su grupo de gangster.

I can't wait any longer