Sunday, November 20, 2011

CHASSE A L’HOMME - épisode 1/7

Les villes. Pas n’importe lesquelles. Les grandes villes. Personnellement, je vous le dis à vous chère lectrice, cher lecteur, je te le dis à toi qui viens d’ouvrir une page, j’y trouve mon compte. Car matière pour occuper son temps, ça, il y a. Vous conviendrez en effet qu’il est bien légitime de vouloir meubler les heures non assignées à l’activité professionnelle, n’est-ce pas? J’entends se livrer à quelque loisir. J’en connais qui ont des hobbies, des activités manuelles; ils se donnent à l’aquarelle, au modélisme, ils font des poteries en argile. D’autres qui pratiquent un sport, etc. En ce qui me concerne, rien de tout cela. Enfin… il y a quelques années alors que je venais d’obtenir un bon poste dans le service juridique de La Compagnie Du Médicament, j’écrivais. C’était mon passe-temps et même presque une obsession. J’ai même songé à démissionner pour commencer une carrière artistique et tenter de vivre de mes livres par exemple. Et puis, je ne l’ai jamais fait. A trente ans –j’avais à l’époque trente ans, vous l’avez deviné- des idées saugrenues vous traversent l’esprit comme ça mais on a bien vite fait de les abandonner pour continuer sans trop de heurts la confortable existence déjà établie.

Cependant, comme je vous le disais, il faut bien tuer l’ennui les jours libres. Je me mis en quête d’un nouveau passe-temps. Je l’ai trouvé dans la rue. Dans la rue, j’observe. Le tracé des passants, celui des autos, la cohue de l’écosystème urbain. J’arpente les cafés et les brasseries, j’écoute à loisirs les conversations des hommes et des femmes qui se trouvent aux tables voisines. Des fois, je pousse l’audace jusqu’à filer quelqu’un jusqu’à son domicile. Ou alors, au supermarché, j’espionne comment un tel ou une telle remplit son caddie et je m’amuse à déduire son mode de vie. Rapidement, je compris que je n’allais pas me passer du besoin de voyager dans l’intimité de mes pairs. Si je ne le faisais pas par l’imagination à travers les histoires que je composais, je me servirais de la réalité. Cela me paru un bon choix. Et maintenant c’est devenu un vraie habitude.

Et c’est ainsi que je l’ai rencontré. Bien sûr tout de suite vous pensez: un homme! Non, il ne s’agit pas d’un homme mais du bar de Joséphine, un petit troquet situé aux abords du Canal Saint-Martin. Vous vous en doutez, à force de randonner dans les alpages de la ville j’ai fini par en connaître des bars. Et celui-là, rue de la Grange aux Belles, a retenu mon attention. Dans ce bistrot, Joséphine, la patronne, a coutume de livrer à ses clients, en plus de leurs consommations, des histoires… Pas des contes, pas des légendes, pas des fictions mais des histoires bien concrètes chère lectrice, cher lecteur. Joséphine, elle connaît tous les habitants de son quartier et encore mieux ceux qui fréquentent son établissement. Ces gens-là, pour une raison que j’ignore, qu’elle ignore aussi certainement, ils lui confient des morceaux de leurs vies. Mis bout à bout, ça fait des histoires complètes, des trucs bien alléchants.

Je l’ai connu ça fait un bout de temps le bar de Joséphine. Je crois bien que c’était à l’époque où je voulais larguer mon boulot. Elle avait nourri mon envie d’écrire à l’issue de deux ou trois après-midi passées à écouter l’histoire de ce pompiste à l’œil de verre ou de ce banquier qui rêvait de monter un parc d’attraction avec des autruches. C’est qu’à l’époque, je vivais justement à deux pas. Par quelle association d’idées, je me suis souvenue du bar de Joséphine? Ça, vraiment, je pourrais pas vous le dire. Ça faisait une paye que j’allais plus par là-bas, sur les bords du Canal St Martin. Fort de ce constat, j’avais bien envie, de voir si elle y était toujours Joséphine, prêchant derrière son comptoir les messes oecuméniques de son quartier.

Un jour, j’aperçu avec joie la devanture verte. Je remontai la rue en contenant mon allégresse première; le bar pouvait très bien avoir changé de propriétaires malgré son aspect extérieur que j’avais reconnu. Mais quand je poussai avec frénésie l’un des deux battants de la porte-vitrée, je constatai qu’elle était là. Elle me tournait le dos, occupée à actionner les boutons du percolateur. Peu d’éléments avaient changé dans sa silhouette. Quant à sa coiffure, un chignon enroulé sur la nuque, elle était identique à celle que me renvoyait mon souvenir. Elle distribua les cafés aux clients, essora une serviette mouillée au dessus de l’évier et se mit à faire des moulinets horizontaux sur le zinc pour effacer les marques que les verres avaient peintes.

J’avais pris place sur un tabouret à l’extrémité du comptoir. Le mouvement circulaire de son bras que je ne quittai pas des yeux s’arrêta subitement quand il arriva à ma hauteur. Je levai la tête et constatai que Joséphine me regardait curieusement. Chère lectrice, cher lecteur, vous savez un de ces regards insistant qui semble vous envoyer mille questions à la figure.

- Qu’est ce que vous prenez?

Ce fut l’unique interrogation qui sortit de sa bouche et, ma foi, elle était bien naturelle. Lorsqu’elle fût à nouveau affairée à son percolateur, je pris un petit miroir dans mon sac à main et inspectai furtivement mon visage. Ayant vérifié qu’il ne portait aucune bizarrerie -je ne sais pas, une bavure de rouge par exemple- je le refermai et attendis ma commande en inspectant la salle.

Un homme et une femme occupaient une table prés de la fenêtre. Ils parlaient peu. La fille regardait au loin par-dessus l’épaule du type et semblait plus absorbée par ce qui se passait dans la rue que par le discours de son compagnon. Le reste des clients était attroupé autour du comptoir, du côté opposé au mien. Parmi eux, un jeune homme vêtu d’une parka verte et chaussé de patins à roulette consultait une publicité concernant le traitement de la calvitie.

«Vous me rappelez quelqu’un» dit Joséphine en déposant une tasse sous mon nez.

FIN DE L EPISODE 1

Saturday, November 05, 2011

PRELUDE


Notez que les âmes qui nous séduisent nous les femmes ne sont pas souvent affublées d’un corps propice au réveil de notre instinct de bête. Les femmes attachent plus d’importance à la qualité de l’âme, à la répartie et, des fois aussi, disons-le, au compte en banque. L’homme se montre moins exigent du côté de l’âme. Il se dote d’une petite poulette bien roulée, docile et efficace. On appelle ça “les femmes douées en amour”. Et s’il ne la trouve pas sur son continent, le vent du féminisme ayant soufflé par ci par là, alors il ira la chercher en Asie et la ramènera nettoyer la maisonnée dans un pays de G8, sa résidence (Houellebecq et al. 2001). Il ne s’en fait pas trop. Une petite “go” qui fait bien à manger, se laisse caresser quand il faut, n’a pas trop d’avis sur les choses et veille assidûment à son confort, voilà ce que l’homme cherche et trouve.

L’homme cependant ne tire jamais un trait définitif sur la passion; la rencontre spirituelle alliée aux élans de la chair. Encore faut-il qu’il soit chanceux. Il ne la dénichera que s’il a l’œil, s’il sait être aventureux, capable de provoquer le destin, de déjouer les habitudes, de se confronter aux imprévus. A force de ces coups de rame là, il n’est pas fou de voir arriver LA rencontre. Mais cette femme, chérie aux premiers abords, ne fera jamais l’objet d’une bataille. Elle crèvera d’attente et d’espoir dans quelque garçonnière d’une grande ville. Se nourrira de longues phrases murmurées à l’oreille les nuits de retrouvailles clandestines, écrira des kilomètres de lettres qui resteront sans réponse, verra ses tentatives restées vaines. Rompue, elle tournera la page. Ou pas. Car il y a des voyages dont on ne revient jamais.

Peut-être que ce texte est un prélude à une nouvelle que je posterai bientôt. Peut-être. Mais déjà je peux l’affirmer: cette nouvelle ne sera pas de moi.

Sunday, July 03, 2011

Il est fou ce Romain


Je suis fan fan fan. Déjà petite... non surtout pas! C’était bien plus tard: quand j’ai compris qu’il était tout simplement naturel pour l’espèce de s’inventer, de se construire plusieurs identités. Une multiplicité qui ne serait pas la résultante d’une imposture au quotidien dans le but de s’octroyer les faveurs de quelques prélats et de veiller aux contours lisses de sa confortable bourgeoisie. Une multiplicité qui nous donnerait plusieurs voix et aussi enfin parce que ce n’est pas la chose la plus simple à assumer.

J’aurais aimé être dans le Paris des années 80. J’aurais aimé être une de celle qui découvrait dans les journaux: Emile Ajar est Romain Gary! Ça alors! J’aurais aimé avoir lu leurs romans sans me douter de leur paternité commune. J’aurais aimé émettre des portraits différents sur les deux auteurs. J’aurais aimé me gourer complètement.

Cette histoire-là, je sais plus comment ça a commencé. C’était peut-être dans une ville du sud de l’Espagne parce qu’il y était facile d’avoir en mémoire la liste des auteurs en rayon. Une librairie dont les quatre lettres sont sur tous les sacs plastiques mais qui s’intéresse peu aux auteurs étrangers dans leurs langues. Il y en avait si peu, de ces auteurs, que lorsqu’a surgit le nom de Romain Gary, je me suis dit que c’était l’occasion et rien d’autre. C’était une occasion forcée qui, d’évidence, ne me donnait pas plus envie de lire qu’avant. Cependant...

Jusque là je m’étais contentée de la biographie que j’avais recomposée en glanant ça et là des infos: origine polonaise et russe, étranger à Nice, polyglotte, engagé dans l’armée libre, déserteur des troupes pétainistes, diplomate, Jean Seberg, double nom - Jean Seberg, la militante des black panthers retrouvée morte dans sa voiture à Paris. Mais ça c’est une autre histoire -. Deux noms pour couronner une œuvre que je n’avais pas lue.

Et puis je suis tombée dedans. Maintenant lorsque je me rends dans la boutique de “second hand” – la ville a changé et changera encore, la librairie a changé - j’ai toujours ma liste de titres de Romain Gary. Et puis... même si cette visite se fait par hasard, il y a quand même un RG ou un AJ qui tombe dans mon panier.

RG... Pour un homme qui vivait dans anonymat d’un autre, ce n’est finalement pas surprenant.

Tuesday, February 15, 2011

Flash back (4)

Noël 2003

Le carillon sonne. Dix sept heures et les pâles rayons de la planète jaune rasent les toits des campagnes gelées. Le spoutnik lancé sur Mars a envoyé ces premiers résultats d’analyses rocheuses et minérales. Combien de temps avant que l’homme ne puisse se rendre sur Mars? Et combien de temps le voyage allé/retour? Deux ans et demi voire trois avec les technologies actuelles. Un an seulement en possession d’un réacteur nucléaire. Combien de temps? Pour se rendre à Sète. Pour aller jusqu’au cimetière. Avant de se lasser d’un amant? Combien de temps pour cuire la tarte de Santiago? Combien de temps encore en Espagne? Combien d’heures d’avion pour aller à Xian? Combien de temps dure l’opération de la cataracte? Combien de minutes entre le décollage et l’écrasement en mer? Combien de pages avant d’aller dormir? Dans combien de minutes arrive le bus? Combien de temps avant minuit? Combien de temps on reste à table? Dans combien de temps tu auras fini? Dans combien de temps nous verrons-nous? Combien de temps tiendront-ils? Combien de temps reste-t-il avant le repas? Combien de temps dure le film? Combien d’années vécu Charles Chaplin? Combien d’années reste-t-il? On se voit demain? Quelle heure est-il? Vers 12h30. Dans trois jours. Nous partons. Combien de temps pour oublier? Combien de temps avant d’entamer le nouveau cercle de la spirale? Comme tout se rétrécit! Combien de temps pour venir au bout de quarante leçons? Combien de temps tiendra cette corde? Combien de temps avant que ne parte le train? Combien de temps durera ce rhume?

Saturday, January 08, 2011

HAPPY 2011!!!!




merci Mel, tu nous as fait un beau coma...












Photos: Neb17 et Mel

Sunday, November 07, 2010

STOCKHOLM

La nuit est tombée depuis longtemps quand je rentre. Si on était en été, je pourrais écrire la même phrase. La course démarre à 7 heures. Mes nuits sont peuplées de schémas, de pathway, d’images de synthèse, de discussions. Un univers permanent. Un moment de temps libre et je m’échappe pour quelques heures. Le ciel est bleu, les feuilles dorées, les eaux de la Baltique denses. Je grimpe dans le bus et me retrouve à Kulturhuset, la maison de la culture, un grand block de verre qui étale sur plusieurs étages ses théâtres, ses galeries, librairies, salons, cafet. Je suis happée par les boutiques de design passant plusieurs minutes à déchiffrer la fonction des objets. J’entre dans plusieurs autres, tire les pans de tissus des rayons puis les laisse retomber avec dépits.

En matière de commerce équitable, la suède est championne. Deux beaux trophées viennent honorés les étagères du royaume: I.K.E.A. et HandM (j’emploie des noms d’emprunt pour éviter de me faire googlisée. Peut-on imaginer le salaire annuel moyen au Bangladesh, en Inde ou au Vietnam? Soit vous le savez et vous l’oubliez tout de suite. Soit vous ne le savez pas et ne tenez pas à le savoir. En effet mieux vaut pas savoir la saloperie qui se cache derrière nos édredons colorés, nos slims cobalt ou cendrés, nos mugs cosy, nos ponchos aux motifs ethniques, nos voilages mordorés, nos bougeoirs à paillette et notre mobilier de salle de bain. C’est pas jojo. Ik (donnons-lui un diminutif) n’a pas attendu la crise pour délocaliser, claquer la porte aux nez des travailleurs européens. Déjà, dans les années 90, la multinationale employait (et le mot est largement au dessus de ce qu’il faudrait utiliser) goulument les enfants, lépreux ou en bonne santé pour sa manufacture. Heureusement les faits ont fait scandale et, en 94, le palais du plaid et de la descente de lit a fait machine arrière. Ok, on va laisser les gosses aller à l’école. Depuis Ik s’est même offert un code de conduite (la vache! la sueur a dû couler dans les bureaux): l’Iway qui s’engage sur des normes environnementales et sociales. Ik publie même un rapport annuel. Mais bon, le rapport est fait en interne, au sein même d’Ik, sans contrôle indépendant et la chose n’est pas rendu publique bien sûr (faut pas pousser quand même). Toutefois on sait des choses, oui! des enquêtes sur le terrain, réalisées auprès des fournisseurs laissent voir de grosses faiblesses dans l’Iway:

Dépassement permanant du nb max d’heure de travail: 80 à 90 par semaine

Retards systématiques de paiement des salaires

Les heures supp pas payées en heure supp (c'est-à-dire le double)

La liberté d’association des travailleurs et leur droit à la négociation collective non reconnus.

On est loin du compte quand même. J’ai pas fait ma petite enquête auprès de HandM mais mon petit doigt me dit que je trouverais des choses similaires. Un chiffre d’affaire mirobolant de 14,8 milliards de dollars, comme pour Ik? c’est bien possible.

J’ai pensé à tout cela en voyant la navette gratuite lancée à grande vitesse dans le centre de Stockholm destination le royaume enchanté de l’intérieur. Et je le raconterai dans mes pages et je publierai ce post en transit dans l’aéroport de Munich, mon laptop sur les genoux. Finalement ça ira bien avec tout le reste: le carnet aux pages jaunis, ma valise à roulette, mon badge de congressiste, mes réveils trop matinaux, mes fringues à la mode, mes chaussures bobo, mes crèmes de jour, mes idées de gauche, mes courses sur le trottoir pour arriver à l’heure, ma fatigue des voyages…

Tuesday, September 14, 2010

LIVRAISON

Les photos du Portugal: à contempler en cliquant sur le lien à droite. A vos claviers!