Wednesday, June 23, 2010

Flash back (1)

Avril 2009 en arrière pays niçois

Les années 70. C’était l’époque où les hommes travaillaient des portraits de leurs femmes. Des portraits photographiques noir et blanc avec un fond océan, des portraits couleurs bucoliques avec des robes vaporeuses. Ces couples-là se sont aimés passionnément, se sont lancés corps et âmes dans la paternité, maternité puis le temps est venu émoussé ce bonheur qu’ils croyaient immortel et invincible.

Je prends la plume ce soir avec résistance à cause de cette inévitable déception qui me prend juste après l’écriture. C’est la première fois que je reviens dans la maison depuis la mort de l’aïeul. Elle dit qu’elle a l’impression qu’il est toujours là. Les choses ont changé dans la maison pourtant. Les meubles, le toit, le sol, les prises internet. C’est un nouveau volet qui s’ouvre. Dépitée, je m’enferme dans la chambre à 9 heures du soir sans avoir pu mener une longue conversation avec elle qui en a tant besoin. J’explore les piles de DVD, fais une pré-sélection puis finalement décide de n’en voir aucun. Ensuite, c’est le tour des livres que je laisse de côté puis des albums photos. Sur ces derniers je m’arrête et mes pensées gambergent. Le bonheur donc. Puis la fuite du bonheur. La fuite du bonheur pour avoir trop voulu l’écraser. Le bonheur, animal fragile et délicat.

Il y a des photos d’il y a presque quarante ans où je vois mon cousin bébé ensablé sur une plage d’été. Il y a aussi des photos du pays d’Alicante. L’aïeul y avait fait son pèlerinage puis son fils, puis sa fille, puis la fille de sa fille, moi. Une émotion m’envahit en voyant les images de la roche du levant émergée au milieu des oliviers et des amandiers. Avec le recul, je ne peux m’empêcher d’y voir la fermeture d’un cercle. J’ai vécu sur la terre des ancêtres puis leur lieu d’immigration. La conjoncture économique a parlé et les limites de l’intellect aussi. Il a fallu prendre une décision. Ça s’est trouvé comme ça.

Quand je reviens dans cette maison et que je farfouille dans ces paniers de souvenirs familiaux, une série de fantasmes m’accaparent de nouveau. La continuité, la douceur d’une famille, la sécurité d’une vie partagée, perpétrer la lignée. Oui, bien sûr on y pense. On y pense dans le soucis de se conformer à la norme. C’est surtout pour cela qu’on y pense.

Ces venues au village me mettent mal à l’aise. Mal être doublé d’une descente en chute libre consécutive à l’euphorie d’une rencontre éphémère. Quarante années ont passé. Il serait illusoire de croire qu’un cercle qui se ferme annonce la fin. Au même moment, une nouvelle courbe commence ailleurs. En cercles concentriques, le temps se dessine.


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